Le Jeudi soir :
L'enthousiasme et le plaisir ont été au rendez-vous jeudi soir dernier à la Coupole. La foule, elle, ne l'était pas. C'est devant un public plutôt épars qu'Hélène Segara a dévoilé ses mélismatiques capacités vocales dans un récital de deux heures organisé par la société Pro Events Entrertainment. On était bien loin des 8 000 personnes que pouvait contenir la salle.
Le public présent était segmenté en deux catégories : près de 1000 personnes VIP près de la scène et pas loin de 900 autres sur les gradins. Un public quelque peu réduit qui n'a pas empêché l'artiste de se donner à fond ! Fidèle à sa féminité exaltée et à sa sensibilité à fleur de peau, l'artiste variera son répertoire avec quelques petites touches à références algériennes qui ont saisi les personnes présentes. Mais avant d'apprécier la
remarquable entrée sur scène de la chanteuse, il a fallu attendre un peu plus de 2 heures et demie. Prévu initialement pour 19h, le concert ne débutera qu'aux environs de 21h30. Pour faire patienter les spectateurs, un vieux concert des Bee Gees projeté sur un écran géant. Durant ces deux heures et demie d'attente, les commentaires sont d'ailleurs allés bon train. Notamment sur l'organisation et les raisons du retard. Certains disent que ce dernier est dû à une demande de la télévision algérienne qui voulait transmettre le concert en direct à partir de 21h. D'autres condamnent l'indéfectible absence du sens de l'organisation des Algériens. D'autres encore discutent du nombre de billets vendus qui se limiterait à 300. Information à vérifier. Mais ce qui reste moins contestable, c'est que bon nombre des personnes présentes n'ont pas vraiment acheté leur billet mais l'ont plutôt eu sous forme d'invitation dans le cadre de leur travail. «Il y a trop de gens qui l'aiment», Hélène, mais pas au point de payer un billet simple à 3 000 dinars et un billet VIP allant de 5 000 à 7 000 dinars. Du moins très peu peuvent le faire.
Mais trêve de bavardages, Hélène est sur le point d'entrer sur scène. Entrée remarquable d'ailleurs. Avant de découvrir son visage et la couleur de sa robe, le public ne percevra qu'une silhouette évincée par les lumières et les effets sonores, en écoutant surtout sa voix déclamant un texte poétique. Place ensuite à quelques-uns de ses succès : Je vous aime adieu, Parlez-moi de nous, Toujours tout seul... Avec cette dernière chanson, Hélène commencera à impliquer le public, en le faisant chanter, ce qu'il fit très bien.
Direction ensuite vers les vallées d'Irlande, où elle fera chavirer ses fans sur un air celtique, avant de passer aux choses sérieuses. Hélène se veut être une chanteuse engagée qui, tel qu'elle l'a expliqué lors de la conférence de presse qu'elle avait donnée quelques heures avant le concert à l'hôtel Sofitel, «engagée seulement dans les sujets que je maîtrise mais en étant consciente que je ne peux pas changer le monde». Elle dédiera, à cet effet, deux de ses chansons à des causes qui lui tiennent à c½ur. D'abord, Dieu et la religion, à travers la chanson Quel que soit son nom. Elle explique à son public avant de commencer à chanter que «les religions ne devraient pas nous séparer mais plutôt nous relier». Ensuite, à travers une chanson dédiée aux enfants qui souffrent en temps de guerre. Vivo perlei, un incontournable titre qu'elle a partagé avec Andrea Bocelli, a également été repris avec, en guise de cadeau au public algérois, un artiste algérien qui n'a malheureusement pas été tout à fait à la hauteur. La voix de Hakim Salhi a assuré, sa mémoire, elle, lui a par contre joué un mauvais tour. Il a perdu les paroles de la chanson à plusieurs reprises mais il a tout de même participé à un des moments forts de la soirée. Place ensuite à ses deux plus grands succès : Elle, tu l'aimes et Vivre extrait de la comédie musicale qui l'a révélée, Notre-Dame de Paris. Après une salve d'applaudissements tenace, l'artiste s'alignera avec ses musiciens pour saluer le public. Les lumières s'éteignent, les gens se lèvent et s'apprêtent à partir quand quelques notes de piano résonnent, la lumière retombe... Ce n'est pas encore fini ! Hélène revient pour chanter son plus grand tube : Y a trop de gens qui t'aiment, et là les personnes revenues, debout, feront les ch½urs. Elle saluera après ça ce public qu'elle dit adorer. Et là, c'est vraiment fini... Enfin presque ! Le public en réclame encore, la chanteuse de variétés française accepte et entonne a cappella Tu vas me quitter, je le sais, un autre de ses succès. Une fois la chanson finie, elle salue encore une fois, de la plus chaleureuse façon. Et cette
fois, c'est bel et bien fini...
Le public quitte la salle avec apparemment beaucoup de baume au c½ur.
Elle a dit :
- « Je suis contente de me produire en Algérie et ravie qu'il y ait des jeunes comme Mehdi (DJ Tall, organisateur de l'événement) qui me font le plaisir de découvrir l'Algérie. Je connaissais les autres pays du Maghreb. J'ai hâte de découvrir le public algérien... »
- elle fera un effort en apprenant un petit glossaire de mots arabes : Massa El Khir (Bonsoir), Choukran (merci), Wachrakoum (Comment allez-vous ?), N'habkoum bezaf( Je vous aime beaucoup)...
et en concert plien de mots arabes des zaghrite partout "hiya tabghiha" elle tu l'aime ...
«En venant ici (Algérie), j'ai beaucoup d'amour, car l'amour est un moteur pour tout le monde, essentiellement pour les artistes »...
- «Il n'y a aucun souci ici, je ne me sens pas inquiète, d'ailleurs j'ai hâte de découvrir quelques rues d'Alger», a indiqué Hélène, soulignant que le fait qu'il y ait des gens qui posent des bombes en Algérie, cela «ne signifie pas que les Algériens n'ont pas de coeur»...
- « L'amour est un moteur. Je crois profondément en Dieu.
J'ai toujours été respectueuses des religions. Dieu est partout ! Il n'est pas uniquement dans une église ou une mosquée. J'ai perdu ma voix, un jour. J'ai beaucoup prié. Je voulais retrouver la voix et le bonheur de chanter avec mon public. Je ne pourrais pas vivre aveugle et sourde par rapport à la souffrance des humains. Et ce n'est pas intéressé ou de l'hypocrisie. »,
Point De presse :
Lors du point de presse, la chanteuse Segara a souligné l'importance des échanges culturels entre les deux rives de la Méditerranée, pour permettre à ces deux régions de se découvrir et se connaître davantage. «La musique est la seule chose qui n'a pas de frontières, les rencontres interculturelles représentent un élément vital. Il ne faut pas classer la musique par pays ou par région», a-t-elle dit, saluant les différents concerts dédiés à la musique orientale et maghrébine qui sont organisés en France, citant à titre d'exemple, les noms de Faudel, Khaled ou encore Rachid Taha. Hélène Ségara a aussi mis en exergue la nécessité de métisser les cultures et les religions dans un ensemble, a-t-elle dit, «d'amour et de paix», dévoilant toute sa foi en Dieu et ce, quel que soit la religion ou le pays. Interrogée sur le rôle que peut jouer la chanson pour apaiser les souffrances des peuples, notamment les enfants, dont les pays sont marqués par des conflits, à l'instar de l'Irak, la Palestine et le Soudan, Hélène a répondu: «Je ne dirais pas que mon coeur saigne pour ces enfants car ce serait racoler de ma part (...) je ne pense pas changer ce monde, mais j'ai l'utopie d'espérer qu'il va changer un jour». «Je sais ce qui se passe dans ce monde, je souffre autant pour les enfants qui tombent sous les bombes. A travers ma musique et mes chansons, je ne représente qu'une goutte dans un océan, j'espère que cette goutte sera utile», a indiqué cette chanteuse qui, pour info, est la marraine de plusieurs associations pour l'enfance dans le monde.
Hélène Segara s'est même félicitée d'être en Algérie, tout en déplorant la forte surmédiatisation des faits sécuritaires en Algérie dans les chaînes françaises. «Je connaissais tout le Maghreb, sauf l'Algérie et grâce à Mehdi (responsable de la boîte Pro Event l'organisatrice de l'événement) c'est fait».